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Les dérives commerciales


Interview de Bernard Magrez, président de l'Observatoire des Droits de l'Internet



Antoinette Brouyaux

Bernard Magrez, une journée dédiée à un internet plus sûr, dans le contexte actuel, qu'est-ce que ça vous inspire?

Une telle journée est fondamentale, aussi bien pour les particuliers que pour les entreprises. La délinquance informatique s'accroît tant en volume qu'en gravité. Or les entreprises n'ont pas encore pris conscience de l'impérieuse nécessité de sécuriser leurs systèmes. Quel est le problème pour les consommateurs? De plus en plus, ceux-ci donnent leurs coordonnées personnelles sur divers sites. Or on ignore bien souvent les mesures de sécurité qui sont prises pour les protéger.

Quid des puces électroniques protégeant les données personnelles des citoyens: leur sécurité est-elle à toute épreuve?

Une presse spécialisée évoque des possibilités de casser la sécurité des puces électroniques. Ce n'est pas encore prouvé et de toute façon, l'histoire a montré que tout système de sécurité aussi sophistiqué qu'il puisse être, peut être un jour finalement déjoué. C'est l'éternelle fable des canonniers - qui fabriquent des canons de plus en plus puissants - et des cuirassiers, qui renforcent les cuirasses! L'Observatoire des droits de l'internet s'est déjà saisi de la question. Il s'agit d'éviter les utilisations frauduleuses sur les réseaux comme par exemple s'introduire dans un site de chat en falsifiant son âge.

Un autre problème actuel: les majors de l'internet se croient-ils au dessus des lois quand ils ne respectent pas la législation en matière de droit d'auteur?

Les majors (Google, Yahoo, MSN) par leur position, sont l'exemple d'une réussite et sont devenus une référence aussi bien pour les jeunes générations que pour les plus âgés. C'est pourquoi leur attitude doit être irréprochable. Le minimum pour eux est de respecter scrupuleusement les lois!
En son temps, Honoré de Balzac avait dit:“la loi, c'est comme les toiles d'araignée. Elle laisse passer les grosses mouches et arrêtent les petite”. On n'en est plus là et il s'agit d'arrêter aussi les grosses mouches.

Pensez-vous qu'un appareil judiciaire national ou même européen peut encore imposer des règles à de telles entreprises?

Certainement, et il ne faut pas se cacher derrière l'inexistence d'un système judiciaire européen mais agir à tous les niveaux et notamment au niveau national. Certains procès en Belgique sont suivis par la presse au niveau mondial et pourront faire jurisprudence dans de nombreux autres pays. Qui plus est, depuis de nombreuses années, en Europe, nos législations découlent de directives européennes, ce qui assure une harmonisation progressive de toutes nos législations.

Peut-on éviter que l'internet devienne une zone de non droit?

Contrairement à une opinion communément répandue, le nombre important de décisions judiciaires démontre qu'en cette matière, l'Internet est loin d'être une zone de non droit.

Vous constatez des dérives commerciales comme l'achat de noms qui crée des distorsions de concurrence entre entreprises. Quelle implication concrète cela peut-il avoir pour les consommateurs?

Quand vous consultez dans google, ces distorsions n'apparaissent pas de façon évidente. Vous pouvez avoir l'impression que tout est certifié, exact. L'information fournie par les moteurs de recherche est souvent prise pour argent comptant. On se borne le plus souvent à vérifier la première page de recherche et on dépasse très rarement la 3ème page. Les données mises au-dessus artificiellement sont en quelque sorte“validée” par leur place ou par le fait qu'elles obtiennent le meilleur résultat d'une recherche. Mais quid de la qualité de l'information ainsi fournie?

Les moteurs de recherche se présentent comme des “poteaux indicateurs” mais la direction qu'ils affichent n'est pas toujours la plus pertinente. De plus, ils ne se contentent plus d'indiquer une ou des directions, ils jouent un rôle de conseils...
Comme le met en évidence la philosophe Barbara Cassin dans son récent ouvrage consacré à Google (1), il ne faut pas faire d'amalgame entre information et culture. Les moteurs de recherche fournissent des informations, mais la culture est un processus de longue haleine qui se transmet de génération en génération... Bref, tout ne peut pas être réduit à quelques liens internet.

La campagne européenne Safer internet cible avant tout les jeunes et leurs éducateurs. L'enjeu éducatif vous semble-t-il important? Pourquoi?

Eduquer les jeunes à une utilisation rationnelle du net, est avant tout une tâche parentale. Vu la carence en cette matière, sensibiliser à la fois les jeunes et leurs éducateurs permet de faire passer le message que cela peut se faire d'une façon croisée: on peut aussi beaucoup apprendre des jeunes, et dès lors leur donner un avis ou fixer des règles basées sur l'expérience de vie.

Je ne donne pas tout à fait tord aux enseignants qui disent : “notre rôle est d'enseigner, de donner de la connaissance, mais pas d'apprendre les bonnes manières, le savoir être et le savoir vivre”. Par contre, on ne peut pas laisser les mineurs livrés à eux-mêmes et les mettre en danger sur l'Internet si l'encadrement quel qu'il soit fait défaut. D'où l'importance d'un programme tel que Safer Internet.

(1)Barbara Cassin, “Google-moi: la deuxième mission de l'Amérique”, Albin Michel, janvier 2007

Dernière actualisation de cette page : 5 février 2007
 
  Saferinternet.be est une collaboration entre Child Focus et le Centre de Recherche et d'Information des Organisations de Consommateurs. Le projet et ce site Internet ont pour objectif la promotion de la sécurité des mineurs sur Internet et les nouvelles technologies de communication en ligne. Ce site propose des informations et des outils aux éducateurs qui cherchent à guider les enfants et les jeunes vers une utilisation responsable de ces technologies. Le projet comprend également des initiatives qui s'adressent directement aux jeunes, comme le site Internet web4me.be. Le volet belge de ce projet européen est soutenu par la la Commission Européenne, DG Information Society et son suivi est assuré par un comité d'experts.

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