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Les dérives discriminatoires


Les différents visages de la cyberhaine



L'évolution du réseau Internet vers une accessibilité mondiale sans cesse plus large offre aux utilisateurs la possibilité de mettre en oeuvre de nouvelles formes de communication. C'est ainsi que les internautes peuvent interagir avec des amis et avec un public potentiellement plus vaste encore par des discours, des images, des fichiers audio, des animations vidéo...

Bien évidemment, les internautes qui veulent propager la haine disposent, eux aussi, de ces moyens. Le résultat est que la cyberhaine se manifeste sous des formes très diverses.

Aujourd'hui, enfants, jeunes et adultes utilisent Internet pour des travaux scolaires, pour le travail, pour leurs loisirs, pour communiquer avec des amis... Cette utilisation accrue augmente encore le risque d'entrer en contact avec la cyberhaine via les forums de discussion, les chats, les e-mails, les sites Web, les blogs...

Un nombre incalculable de forums de discussion sur Internet attirent chaque jour des centaines de milliers (voire des millions) d'internautes. Ces espaces de discussion interactifs permettent aux utilisateurs d'échanger des informations, des idées, et des avis sur un sujet déterminé. Certains de ces participants sont des utilisateurs actifs (ils rédigent des textes et participent ainsi à l'avancement de la discussion), tandis que d'autres sont des utilisateurs passifs (ils se contentent de lire les "posts"). Il est pour ainsi dire impossible de contrôler ces messages en permanence et de les effacer si nécessaire. Il en résulte que les messages véhiculant des discours haineux parviennent aux utilisateurs (habituels comme occasionnels) avec une facilité déconcertante. Et s'il leur est possible de réagir à ces messages, il leur est impossible de les supprimer. Il faut alors attendre l'intervention du modérateur ou du gestionnaire de ce forum: c'est à lui qu'incombera la tâche de rappeler à l'ordre l'internaute haineux, voire dans certains cas, de le "bannir" (à savoir le radier définitivement de la liste des participants à ce forum).

Les expressions à caractère raciste ou discriminatoire dans les newsgroups, les forums de discussion ou les chats ne sont pas une nouveauté: dès 2000, en Belgique, une personne fit l'objet d'une condamnation pour avoir diffusé des e-mails racistes sur des forums de discussion.

Certains forums de discussion ont très clairement été créés dans le but de véhiculer des idées racistes ou des messages de haine. Si vous vous rendez sur ce genre de forums, vous savez, dès lors, à quoi vous attendre.

Cependant, la cyberhaine apparaît également dans des forums de discussion qui n'ont strictement rien à voir à ce genre de sujets: il s'agit là d'une stratégie délibérée pour "convertir" de nouveaux participants. Dans ce cas, les messages haineux sont travestis tout en conservant leur caractère liberticide: c'est ainsi que l'on peut, par exemple, voir apparaître tout à coup dans un forum ouvert sur la grossesse et la naissance, un plaidoyer sur le renvoi des allochtones vers leur pays d'origine. On le voit, les forums de discussion ne sont pas toujours uniquement employés conformément à leur objectif premier: ils font, hélas, également l'objet d'abus visant à diffuser de la haine.

De leur côté, les forums jouissant d'une bonne réputation ne sont pas non plus à l'abri de ce type de dérives: même les forums ouverts sur les sites de journaux ou de télévisions respectables font l'objet d'abus. Parfois, les utilisateurs qui s'attendent à mener des discussions rationnelles, argumentées et instructives sont confrontés à des propos d'une toute autre nature. Certains posts sont on ne peut plus clairs sur ce point. Mais certains discours racistes s'infiltrent de manière beaucoup plus subtile dans ces forums?

Ce qui vaut pour les forums vaut également pour les chats, où les utilisateurs peuvent communiquer avec des interlocuteurs de leur choix en ligne et de manière simultanée. Ces chat-rooms sont, elles aussi, un lieu intéressant pour les utilisateurs mal intentionnés.

Autre média de prédilection pour les internautes de la haine: l'e-mail. Le courriel constitue en effet le moyen par excellence d'atteindre un vaste public à un coût minimal, tout en conservant un relatif anonymat. Ces bombardements d'e-mails et autres e-mails enchaînés peuvent revêtir des formes très diverses: faits divers accompagnés de commentaires personnels, faits imaginaires relatés dans le but de nuire, emploi d'un "humour" particulier accompagné de haine sous-jacente, etc. C'est ainsi que les destinataires sont incités à la discrimination à l'encontre des allochtones, des homosexuels, des adeptes de telle ou telle religion, des personnes handicapées...

L'emploi de posts dans les chats ainsi que sur des forums de discussion, tout comme l'utilisation de l'e-mail, peuvent également représenter un moyen d'inciter les autres utilisateurs à se rendre sur le site ou sur le blog en question. De nos jours, un nombre croissant de fournisseurs d'accès offrent la possibilité de créer très facilement un site ou un blog.

Posséder son propre site est le moyen par excellence de défendre ses idées sans devoir prendre en compte celles des autres. On peut utiliser pour cela des textes, des illustrations, des photos, des clips vidéo ou audio... Parfois, l'incitation à la haine est plus grossière que subtile mais, dans tous les cas, la Toile offre la possibilité d'habiller son discours pour le rendre attrayant et crédible, mais tout aussi trompeur.

Il faut donc posséder toute une série d'aptitudes sur le plan critique, une certaine expérience du Web, ainsi qu'une bonne connaissance du sujet ou une bonne culture générale pour être en mesure de nuancer l'information présentée.

Bref, Internet offre aux internautes de la haine une foule de possibilités pour insérer activement leurs idées dans le gigantesque flux d'information véhiculé sur la Toile. Là où, dans la vie concrète, les possibilités d'action visant à influencer l'opinion et le comportement des autres sont plutôt limitées, les internautes de la haine disposent d'une multitude d'outils. Et leurs compétences informatiques avancées les mettent en position d'expérimenter ainsi une nouvelle forme de pouvoir et de manipulation.

Dernière actualisation de cette page : 8 septembre 2006
 
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